Saturday, 8 February 2014

Stage Systéma Santé, Systema Lyon (18 & 19 janvier 2014)

L’association Systema Lyon organisait un stage de Systéma santé sous la férule du bô gosse instructeur certifié Stéphane Vartanian
Stéphane Vartanian
, les 18 et 19 janvier 2014. L’aspect martial du Systéma est bien connu aujourd’hui. Des documentaires, des articles sur internet et sur papier, des forums, etc ont permis de rendre accessible au grand public le Systéma comme un art de combat. Même si l’idée d’un Systéma santé peut surprendre, elle est bien présente dans le Systéma et remonte aussi loin sans doute que le Systéma martial. Vladimir Vasiliev, dans le Russian System Guidebook (1996) tente de faire une synthèse entre le système de combat russe et le système russe de santé. Ce dernier est articulé autour de 5 principes : la respiration, le mouvement correct, l’interaction avec la nature, le jeûn et s’arroser d’eau froide. La synthèse entre ces deux approches de l’humain permet selon lui d’obtenir un humain équilibré sur les plans physique, psychologique et spirituel. Paul Genge, dans The Russian Systema Health System (2013), en ajoute deux autres : les massages et les exercices pour la santé et le bien-être. On peut s’interroger sur la légitimité de cet ajout et se demander s’il ne confond pas les principes et le contenu de l’entraînement. Mais dans les deux cas, la justification offerte du Systéma Santé est la même : une personne en bonne santé physique, mentale, émotionnelle et spirituelle est bien plus efficace et bonne pour elle-même, sa famille et ses proches et son pays, qu’une personne qui souffre d’un déséquilibre dans l’une des catégories précédemment mentionnées. 

 Nous n’avons pas étudié tous les principes: ni jeûn, ni interaction avec la nature, ni arrosage par eau glacée ! Mais Stéphane nous a fait explorer les principes restant avec des exercices inédits ou déjà vus en cours. Une quarantaine de personnes (hommes, femmes, jeunes et moins jeunes)
Massage collectif !
est venue faire l’expérience du Systéma santé durant ce week-end très intense en expériences, explorations, et apprentissages, dans une ambiance chaleureuse et amicale. Il n’est pas question ici de faire la liste des exercices faits pendant ce week-end. Ce serait en effet trop ennuyeux à lire et à rédiger… Une autre manière de faire consisterait à s’appuyer sur l’un des enseignements majeurs de ce stage (et des cours par ailleurs…) : les exercices sont des outils mis à la disposition d’une intention d’entraînement. Les éducatifs, par exemple, ne valent "rien” par eux-mêmes. Ce qui les rend utiles et efficaces, c’est le but et le cadre méthodologique donnés à ces exercices. C’est pourquoi avant de savoir ce qu’on a fait, il faut d’abord être au clair sur pourquoi on fait ce qu’on fait. Les principes, eux, nous apportent des solutions pour savoir comment atteindre notre but et guider la méthodologie : comment on fait ? Par la respiration, par exemple. Si l’on poursuit dans cette voie, il me semble que Stéphane nous a proposé les axes d’entraînement suivants : structure, récupération, attention. Chaque axe ou intention introduit des variations dans la fréquence, la vitesse, la forme... bref les variables des exercices, mais permet en même temps de les organiser en fonction d’un but précis. 

Le premier axe de travail fut incontestablement la structure. C’est tout d’abord par le biais de l’étirement qu’on a pu étudier et explorer notre structure, samedi et dimanche matins. Après des exercices d’introspection, Stéphane nous a proposés plusieurs exercices d’étirement “naturels”. Les étirements naturels s’opposent aux étirements imposés au corps par extension volontaire de chaînes musculaires dans des postures prédéfinis.
Faire les bô gosses !
Là, il s’agissait plutôt de jouer avec la force de la gravitation, la respiration, les tensions-détentes. On a pu l’explorer de différentes façons avec les principes vus précédemment (respiration, des mouvements corrects, des massages et des exercices pour la santé) : en position statique, en mouvement, au sol, débout, seul, avec partenaire, en massage, etc. Si on ajoute à cela, les exercices de renforcement des tendons et de tensions sélectives, et les étirements sur les apnées, on a accompli un bon travail sur l’alignement du corps. Le but était de nous permettre d’atteindre une structure plus naturelle, c’est-à-dire propre à notre configuration physique personnelle.



Respiration !

Massage !

Alignement en position pompe


Travail sur la structure



Renforcement des tendons


La récupération fut le deuxième axe de travail. Le samedi après-midi fut consacré à ce thème. Stéphane a utilisé deux manières d’aborder le sujet : des exercices très stimulants pour le système cardiovasculaire (qui stimulent la force explosive), et des exercices (les éducatifs) qui imposent un stress sur une zone particulière du corps. Pour la première manière, des exercices de déplacement rapides et explosifs, avec des bonds, et une pause trop courte entre chaque série, permettait à chacun de faire l’expérience de ses limites de stress dans la force explosive. On a alors exploré des manières de récupérer pour, d’une part, éliminer les effets nuisibles de ce genre d’effort, et d’autre part, se rétablir. Pour la seconde manière, Stéphane a proposé une variation sur les éducatifs tels qu’ils sont utilisés dans Breath For Internal Control (Vasiliev).
J’avais fait part quelques semaines plus tôt à Stéphane de mon étonnement face à ce documentaire qui se présente fondamentalement comme une exploration des manières de récupérer face à des stress provoqués et contrôlés dans le corps par les éducatifs, mais qui en réalité passe plus de temps à présenter la réalisation des éducatifs elle-même que la récupération qui est en pourtant le thème ! C’était bien sûr une invitation à quitter son écran pour vivre le Systéma ! Eh bien, Stéphane nous a guidé dans les mystères et les bienfaits des exercices de récupération en montrant ce que Vladimir Vasiliev pratique dans les séminaires et les cours quand il veut cibler ce type de travail. En prenant pour principes la respiration et les mouvements corrects, nous avons abordé certaines pratiques pour récupérer : conscience des tensions par introspection, sensation et contrôle du pouls, extension dans le temps et dans l’espace du corps de la sensation du pouls grâce à la respiration. Il y avait deux pans à cet axe de travail : un pan “négatif” qui consiste à prendre conscience des tensions, à les traiter ou les gérer, et à éviter qu’elles ne s’accumulent, et un pan “positif” dont l’objectif est d’améliorer les conditions de la récupération. 










Il va de soi que ces axes d’entraînements ne sont suivis d’aucuns résultats s’il n’y a aucun suivi dans le temps. Un week-end ne suffit pas pour résoudre tous les problèmes. Il ne suffit pas de planter des graines pour avoir un beau jardin. Ces deux axes sont transversaux dans l’entraînement qu’on reçoit toutes les semaines avec Stéphane. Et le troisième axe qu’il nous a proposé, l’attention, ne fait pas exception. C’est principalement dimanche après-midi qu’on s’est consacré à ce thème. L’attention peut être parasitée par deux choses : l’ego et la concentration. L’ego recouvre beaucoup de choses : de l’orgueil à la volonté de bien faire. Mais au final, c’est toujours la même chose, à savoir un écran entre soi et soi-même.
Un travail sur le système nerveux, qui rend fou
L’attention est au contraire l’expérience directe ou quasi directe de soi-même. La concentration, à la différence de l’attention, est une tension de l’esprit tournée vers un objet, soi-même ou quelque chose qui se trouve dans le monde. Cette tension fatigue l’esprit, déséquilibre les facultés psychologiques et nerveuses et est extrêmement sélective. L’attention est plus globale et se fait sans effort. Contrairement à la concentration où l’esprit et la volonté vont chercher des informations sur quelque chose, l’attention laisse ces informations remonter. Elle n’est pas attente ou projection de soi, mais écoute. Les exercices pratiquées pour étendre l’attention visent au final d’une part à briser les écrans qui nous séparent de nous-mêmes et d’autre part à la renforcer, à la rendre plus “naturelle” et “spontanée”. La respiration, les massages et les exercices de tension-détente avec partenaire(s) ont été les principes utilisés. C’est par les exercices de marche sur un rythme de respiration dit “Spetsnaz” et des exercices de torsions et de massage avec partenaire qu’on a pu explorer le travail de l’attention.
Marche Spetsnaz !

Torsions et massage


Une torsion par membres et travail de la respiration




Travail en aveugle



 

Structure, récupération, attention. Telles ont été, il m’a semblé, les grandes lignes d’entraînement de ce week-end. Cela n’exclut évidemment pas d’autres objectifs traités ponctuellement. L’unité du week-end repose sans aucun doute dans l’approche de Stéphane : être un traqueur de tension. Qu’est-ce à dire ? Plusieurs tâches incombent à un traqueur : 1) respirer, 2) prendre conscience de soi, 3) prendre conscience des zones tendues, 4) accepter que ces tensions existent, 5) explorer les caractéristiques de ces tensions (intensité, étendue, etc), et surtout 6) ne pas les gommer. À partir de là seulement, le véritable entraînement commence et consiste d’une part à les gérer et à semer les graines d’un mouvement sans tension. Si on n’ose pas apporter la lumière dans les zones sombres et meurtries du corps, aucune progression saine et durable n’est possible. Mais pour cela il faut avoir l’humilité de ne pas se voiler la face.  Elle seule permet de travailler à notre niveau réel et en fonction de nos vrais besoins.





Photographies @Mikolka

Thursday, 26 April 2012

Bad news for Kant's Aesthetics

My paper about Aesthetic Realism and normative aesthetic judgments, written with Florian Cova, is published. Abstract and extract are available on The Monist's website.

Monday, 2 April 2012

Micah True found an unending trail

On the 8th of March 2012, Micah True, a.k.a. Caballo Blanco or Whitehorse or Michael Randall Hickman or the Ghost of the Sierra Madre, wrote on his wall on Facebook: "The smiling little girl sitting on my knee says "Grampa Caballo, tell me some story."" This is how he answered: "Where to begin? The story/life, like korima, is a circle. There is no beginning. There is no end. The trail goes on forever. The Cosmos is a giant glittering electro-chemical-nuclear snake swallowing its own tail just for fun." Somewhere between the 29th of March and 1st of April 2012, Micah True found the trail with no end. His body was found by a search and rescue team after 4 days of searching.


I'm not going to give any details about his life, I don't know much about him, and much that we know is biaised by McDougall's book Born to run, where he's portrayed as the depositary of the Raramuri culture and running habits. Some aspects are factual. He was a boxer. And a pretty good one he was.









He met the Raramuri runners during the Leadville ultramarathon. He went to the Copper Canyon, a part of the state of Chihuahua, in Mexico. And he lived here. It's also true that he came to fame and that his masterwork, the Copper Canyon Ultramarathon came under the light thanks to Born to run and the famous 2006 run with Scott Jurek, Jenn Shalton, Christopher McDougall, Luis Escobar, Billy Barnett, Eric Orton, and Barefoot Ted McDonald (photos Luis Escobar). 


In the last photo, Micah True is discussing with McDougall in the background. This run is the origin of three distinct but correlated fame and destiny: Christopher McDougall and theoretical minimalism; Barefoot Ted and Luna Sandals's company; Micah True and the "globalization" (meaning that more runners from other countries come) of the Copper Canyon ultra marathon (CCUM), which existed since 2003.

But I'm not an expert of his biography, we weren't close friends, and he rejected explicitly to be a leader of the minimalism and bare feet trend that grew under Born to run's influence. "Less is more" was his motto in that area, meaning the shoes companies will find a way to make people pay more for less technology. When asked about his or the Raramuri running technique, two distinct aspects were tackled: i) how to run: "run light, smoooooth", with short steps were always his words, (along with "I don't care what you shoes are"); ii) the meaning and values of running, or why we run: hope, love, respect and peace, were always his words. I can't express them better than here.

The CCUM was his thing. Korima, as he said was everywhere. The Raramuri gave him much, and he gave back a lot:














Korima between traditional and modern world. "The Raramuri have helped us. WE help them. Korima: A circle of sharing. Run Free!", he wrote on Facebook the 27th of February 2012. Like Manuel Luna and Barefoot Ted in 2006 (origin of Luna Sandals):




Medias were more and more present in the CCUM: "Runners from 14 countries, and Hiroki Ishikawa, el Dragon de Japan wants to come, making it 15!....TV...press....journalists amd movie makers from all over the world [geeeezzzz--not my thing] but, said one; "its a public event. You have no control." Caballo has no control. I do have a voice.", he wrote the 12th of February. And yet his enthusiasm did not fade. The 26th of February, he wrote: "This next Sunday will be one of the greatest  races the world has never seen. And ya know who is going to see it? You....crazy people. Mas Locos. Mas Locos see things that "normal" people do not see. Who knows if we will get a chance like this again......Make the best of it [every day] and Run Free!" The 3rd of March, "Over 450 runners, including over 300 Raramuri are in Urique canyon for the the CCUM.....Mas Loco...….. All participants, from 15 countries along with over 300 raramuri [tarahumara runners] running for/in peace at the bottom of no-where. nowhere but beauty. kuira Ba--WE are one."  He wasn't an average race manager. He was fond of his runners, who answered to his fondness according to the humble man he was, and to the legend he was in the ultra-running community.


Who he was? Why he was who he was? I don't know and I don't pretend to know the answer. I just like what he did and his choices. Highly honorable choices. Concerning who he was, I will let him answer that question: "Caballo Blanco is no hero. Not a great anything. Just a Horse of a little different color dancing to the beat of a peaceful drum and wanting to help make a little difference in some lives. If i were to be remembered for anything at all, I would want that to be that I am/was authentic. No Mas. Run Free!" (Facebook, 13th of January 2012).



Like many, when the search began, I thought he would survive this. I saw many travel to New Mexico to increase the ranks of the search teams, many to send messages, to find ways to keep others inform with up-to-date minutes. It was amazing. Korima again, he may have thought. He gave much to us, and we gave what we could. Seeing this must have been comforting for his family and his friends. And all my sympathy is with them. I don't know if life is like korima, but he launched a circle of sharing in life for many of us.



Extras:
A piece done posthumously by one of his friends. 

Patrick Sweeney's gallery of photos from CCUM 2012  (no offense intended, I grounded my choice to use this link on this message on Facebook: "Here's my entire gallery from the trip. Feel free to copy, post, or print and set on fire any pics you'd like.", 03/25/2012).

A montage of pictures of the late Micah True by P. Sweeney. 

A short film about Raramuri with appearances of Micah True.

Micah True did many appearances as a guest talk. Some versions were recorded and shared on the web. Like this talk. Many others are narrated on blogs.

McDougall on Micah True. His hommage on Outside.

A video where El Coyote Luis Escobar talks about Micah True and Barefoot Ted.

Caballo Blanco's Last Run, in the New York Times, by Barry Bearak. 

A discussion of Micah True's cause of death: It’s Not “Natural”, and Definitely Not Normal, to Die From Cardiac Arrest: The Death of Caballo Blanco, by Sock Doc.


Thursday, 22 March 2012

Jérôme Kadian à Systema-Lyon ou comment les Lyonnais ont appris à faire des pompes saoudiennes

Les samedi 10 et dimanche 11 mars 2012, l'association Systema-Lyon a accueilli pour un stage Jérôme Kadian, fondateur et instructeur à Systema-France (Paris), dont l'enseignement est fondé sur les méthodes de Vladimir Vasiliev et Mikhaïl Ryabko. J'ai eu la chance d'y participer. Grâce à Étienne B. (merci Étienne !), qui m'autorise à utiliser les photos qu'il a prises pendant le stage, je peux utiliser l'image comme support pour vous présenter ce qui a eu lieu pendant le stage et vous faire part de mes impressions. Plutôt que de faire un déroulé chronologique du stage, j'ai opté pour une présentation plus pédagogique, qui met en exergue des aspects spécifiques au Systema.

A) Les 4 principes fondamentaux du Systema

Respirer
La respiration est adaptée à la situation et contrôlée, même en cas de stress. Surtout lorsque Jérôme K. (à gauche, avec un maillot à manches longues grises) vous frappe dans les côtes...  Avec le sourire s'il vous plaît. En évitant l'apnée, on évite la rigidité du corps et de l'esprit, l'intrusion de la panique, l'épuisement (les produits du métabolisme du stress sont évacués plus rapidement). Et il n'y a pas que dans le combat que ça marche.



Bouger
Un mouvement continu de l'esprit et du corps. Pourquoi? Pour éviter l'agression, éviter d'être submergé, pour maximiser le chaos quand la situation est désespérée, obliger l'agresseur à se mettre sur la défensive,  ajouter de la confusion dans une condition avec multiples agresseurs. Bien que Stéphane (t-shirt gris à manches courtes) possède le bâton, un instrument qui pourrait lui donner un avantage, la mobilité de Jérôme l'oblige à redoubler d'attention.


Structurer
Avoir une bonne structure, c'est conserver l'alignement du corps dans sa structure et dans chacune des parties de la structure. Cela permet à la fois d'obtenir une efficacité maximale dans les mouvements et de ne pas "faire bloc", c'est-à-dire de pouvoir utiliser des membres ou des parties du corps de manière indépendante. Ici, la personne au sol peut échapper à la pression exercée par le bâton sur son corps en l'alignant et mobilisant la partie nécessaire de son buste pour sortir (bravo Seb!).


Détendre
Apprendre à distinguer la partie psychologique et la partie mécanique, l'agressivité et la force, du combat et d'une situation d'agression est un principe fondamental du Systema. Contrairement à d'autres styles de self défense, le Systema ne développe pas l'agressivité pour augmenter les chances de s'en sortir. Pour beaucoup, c'est une vraie découverte de remarquer qu'on peut frapper sans être complètement contracté physiquement et psychologiquement. La détente dans le combat a de multiples avantages: les réactions mentales et psychologiques sont plus rapides, l'énergie de la frappe donnée se transmet mieux, l'énergie de la frappe reçue se diffuse au lieu de rester dans le corps, l'épuisement vient moins rapidement, et les chutes ont moins de chance de provoquer des blessures. Bref, c'est plus économique et efficace. Ici, Jérôme vient de mettre un joli ch'ton à Seb de manière détendue. Il n'y a pas d'agressivité qui s'exprime de sa part, il est bien relâché tout en conservant une bonne structure, en respirant et en continuant à bouger. Notez bien que Seb fait la même chose de son côté: il relâche la partie frappée, respire, bouge dans le sens de l'impact, sans résister -ce qui implique une chute- pour se restructurer ensuite.



B) Les situations de base:
Le Systema est plus un style de self-défense qu'un art martial, même si sa philosophie, ses principes, son aspect thérapeutique peuvent le rapprocher des arts martiaux. Au niveau du combat, l'idée est de se confronter à des situations où l'on est vulnérable pour voir comment on peut s'en sortir, en appliquant les principes vus plus haut. Pendant le stage, on a pu voir plusieurs situations de vulnérabilité.

Le sol
Bon, il y a du couteau et de la défense au sol, mais c'est la seule photo avec moi…  La pression étant exercée en haut du corps, j'ai choisi de mobiliser le bas du corps, pour me réaligner ensuite et m'éloigner rapidement de ces chaussettes roses à petits coeurs. Peut-être pas le meilleur comportement que j'ai eu pendant ce stage...
En systema, le travail au sol est souvent la première étape d'un travail plus complexe. Pédagogiquement, souvent, la routine consiste à partir d'une situation statique simple avec une réaction à suivre très intuitive et évidente, puis à rajouter des éléments pour se rapprocher petit à petit de la complexité d'une situation réelle. Par exemple, avec un couteau: (i) une personne allongée statique, une autre agenouillée qui pique la première dans un mouvement lent et qui attend qu'elle puisse s'en sortir; (ii) debout, identique; (iii) identique à (ii), sauf que la personne qui se défend peut se défendre avec les épaules; (iv) identique à (iii) sauf que la personne qui se défend peut utiliser tout la partie extérieure du corps; (v) identique à (iv) sauf que la personne qui se défend peut se mouvoir; (vi) identique à (v) sauf que les deux peuvent se mouvoir; (vii) identique à (vi) sauf que la personne qui se défend peut frapper… jusqu'à la situation du combat libre.
Apprivoiser le sol n'est pas évident, car on a l'impression que la personne debout, par un effet de perspective, est supérieure à nous, mais cette perspective peut être corrigée très rapidement…

Le couteau
Il n'y a pas de recettes magiques pour le couteau et le systema ne prétend pas vous permettre de sortir d'une agression avec un couteau sans aucune égratignure. Au mieux, on essaie d'apprendre à ne pas finir en chiche kebab. Jérôme en raffole, mais il n'a pas manifestement pas envie de finir embroché. Et pour cela: respirer (il inspire), bouger (il pivote), détendre (il relâche ses membres et son buste), structurer (il reste aligné et utilise son buste sans mobiliser inutilement tout le reste). Dans cet exercice qui consiste seulement à absorber, sans riposter, Jérôme pivote autour de son axe pour éviter le tranchant, éviter d'offrir une trop grande surface vulnérable, et préparer une riposte. Résister et contracter tous les abdos, pour arrêter une lame, c'est finir avec une percée bien profonde dans les organes. Même dans cette situation, Jérôme serait peut-être déjà coupé, mais l'entaille resterait superficielle.
Remarquez que résister et contracter ces abdos pour se défendre face à coup de poing ou de pieds n'est pas une bonne stratégie non plus dans la condition où l'on se fait frapper avec les poings ou les pieds

Les agresseurs multiples
… sont en train de se faire corriger par Jérôme. Je n'aimerais pas être à la place de Manu qui se fait tirer une oreille. Bon, cette photo ne montre pas l'intérêt de la mobilité, de la respiration dans la situation des agresseurs multiples, mais elle me plaît beaucoup, et on voit bien l'alignement de Jérôme et sa détente. En penchant un peu son genou et détendant son cou, il peut faire tomber Stéphane sur Manu et se débarrasser des deux.




Le bâton
Ah! le bâton sert à tout en systema:

-casser des branches:












-balayer les jouets cassés:













-tuer les serpents, surtout ceux de l'espèce emmanuelum rampum:













-poser des tuteurs pour les rosiers:


Oui, le bâton sert vraiment à tout en systema.










C) Entraînements typiques du Systema pour le renforcement et la santé du corps et de l'esprit

Le massage
Ne vous emballez pas, le massage russe n'est pas un massage californien. C'est un véritable renforcement du corps pour celui qui se fait masser et celui qui masse. Il y a plusieurs variantes autour du massage. Dans la variante qu'on peut voir sur la photo, le masseur est en position pompe style systema (notez les poings fermés, l'alignement des poignets sur les avants-bras), et fait le tour du massé, en mettant tout son poids sur les parties charnues du massé. L'idée est de se déplacer en relâchant les contractions inutiles et en continuant à respirer. Les pompes ne sont pas en systema juste une manière de faire gonfler ses épaules, mais une manière d'explorer et de renforcer le corps entier. Le massé est au sol, et ce n'est pas du yoga. Il doit visualiser les parties corporelles sollicitées par la pression et relâcher les zones concernées, tout en respirant en fonction des émotions et des sensations qu'il éprouve.

Un autre type de massage:

Massage pour le bassin. Descente de 5cm du bassin assurée après le relâchement. Et exercice d'équilibre et de dextérité pour le masseur.














Les pompes
Les pompes font parties des quatre éducatifs ou exercices de base du systema (levée de buste, levée du bas du corps, squat et pompes). Chaque éducatif offre une quantité indéfinie de variantes. Elles sont pratiquées à des rythmes variants par exemple de 3s-20s pour descendre, et idem pour remonter. Ici, les deux partenaires travaillent. Celui qui est au sol travaille l'alignement des bras et la localisation de la contraction musculo-squelettale (pas de tension dans les jambes par exemple, mais juste ce qu'il faut dans les bras et les épaules). Celui qui fait la pompe travaille l'équilibre évidemment, le positionnement des poings (comme celui qui est au sol d'ailleurs), et le contrôle de la tension. Comme indiqué plus haut, les pompes en systema ne sont pas seulement des exercices pour les épaules et les bras, mais une préparation complète à la frappe (et même au combat, selon Vasiliev). Il ne s'agit pas seulement de se mouvoir de haut en bas, mais d'utiliser les points d'appui pour faire bosser l'ensemble, la force utilisée traversant les bras pour aller jusqu'aux pieds, la sensibilité des poings sur le sol comme satellite pour les tensions du corps (si une sensation disparaît, c'est qu'une contraction inutile est apparue). Toujours selon Vasiliev, si les pompes sont pratiquées correctement -c'est-à-dire en conservant une certaine relaxation du corps et en mobilisant seulement les muscles et les tendons nécessaires-, elles servent d'entraînement pour les coups de poings, car elles permettent d'apprendre à frapper sans tensions inutiles, apportant un bénéfice dans la précision, l'efficacité, le contrôle de la fatigue.


D) Quelques aspects et moments significatifs du stage

Il n'y a malheureusement pas de photographies immortalisant les moments où Jérôme K. a introduit les Lyonnais aux pompes saoudiennes. Ces appellations et entraînements typiques resteront donc dans l'ombre et conserveront le mystère qui les entoure. Seuls les initiés comprendront.

Nous avons eu cependant une grande envolée sur les risques des blessures au couteau. Attention, un couteau, ça pique:







En fait, la tirade de Jérôme K. était une comparaison entre les parties corporelles à utiliser pour se défendre dans une situation d'agression avec couteau. Comme on le voit bien sur les photos suivantes, il suggère d'utiliser la partie extérieure du corps, car la partie intérieure est très vulnérable: une entaille dans les tendons et le système vasculaire dans les parties du corps tournées vers le corps a des risques plus élevés qu'une coupure sur la partie extérieure. Comme l'a dit Jérôme, en situation de stress/panique, 30-20s de conscience avec coupure sur les veines du poignet, 20s de conscience avec coupure dans les veines du coude, 15-10s de conscience avec coupure dans le creux de l'aisselle, 5s avec coupure sur la carotide. Je ne sais pas si ces informations sont exactes, mais intuitivement, ça fait sens.

Il utilise le côté extérieur du poignet pour dévier l'avant-bras de son "adversaire".













Au final, un stage très complet et particulièrement stimulant ! Ce stage a fédéré une soixantaine de personnes en tout, un joli succès pour l'association Systema-Lyon, qui a su accueillir chacun des participants, dans de bonnes conditions et dans une excellente ambiance ! Je tiens aussi à tirer mon chapeau aux femmes qui sont venues, qui ont apporté leur bonne humeur et leur force d'âme à ce stage.










Pour plus d'informations:
http://www.systemalyon.fr/
http://www.systemafrance.com/